La Confection d'un Autocrate

Jean-benito Mercier - May 18 2007, 3:50 PM

LA CONFECTION D'UN AUTOCRATE

Je n'arrête pas de me questionner sur la potentialité des citoyens, de n'importe quel pays, à se confectionner des autocrates même s'ils sont les premiers à crier haro. J'ai sans cesse lu sur le site, -Prévalhaïti.com, qui est une grande opportunité offerte aux Haïtiens de verser dans des débats sérieux sur l'avenir du pays, la solidification de nos institutions, la question névralgique de la double nationalité, les forums concernant la faim, la santé et la justice en Haïti, autrement dit un outil indispensable à la promotion des idées progressistes- des compatriotes, des plus brillants d'ailleurs, s'adressant au Président de la République afin qu'il solve leurs problèmes X ou Y comme si Mr. René Préval incarnait seul toute la République.

J'en ris de bon coeur, pas pour ridiculiser ce type de comportement, mais plutôt de son côté opportuniste, égoïste et narcissique tout à la fois. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser que nous sommes en train de créer un monstre de président, un homme fort à tout faire, ayant des pouvoirs illimités incluant celui de circonscrire dans sa sphère le pouvoir de décision d'un juge ou d'un législateur.

Pourtant, que je sache, l'art. 59 de la constitution de 1987 stipule clairement que, je cite :les citoyens délèguent l'exercice de la souveraineté nationale à trois pouvoirs:
1) le pouvoir législatif
2) le pouvoir exécutif
3) le pouvoir judiciaire
Ainsi donc, le principe de la séparation des pouvoirs est consacré par la constitution.

Sans vouloir faire des leçons aux compatriotes du point de vue de nos droits civils et politiques, je voudrais simplement leur rappeler que leur contribution est capitale dans l'avènement d'une nouvelle perception de l'État et d'un État de droit en Haïti, car nos manières de penser, nos visions d'un nouvel ordre des choses modèleront la société à laquelle nous aspirons.

En d'autres termes, le pouvoir exécutif ne résume pas l'ensemble de l'exercice souverain des décisions à prendre dans le pays et conséquemment vouloir en faire appel au président pourqu'il solve tel problème spécifique qui relèverait de la compétence d'un juge, c'est le transformer en un monstre politique, un pic de la mirandole.

Pour que le système démocratique fonctionne en Haïti, il importe d'opérer chez nous-mêmes, citoyens, une révolution mentale.

Nous devons nous violenter de percevoir le pouvoir avec des yeux renouvelés en rejet du vieil ordre des choses où le parrainage et le marrainage supplantent les démarches légales aux fins d'imposer le mot du droit.

Nous devons, de par nos attitudes, contribuer chacun en ce qui nous concerne, à renforcer nos institutions.

Autrement dit, si nous sommes victimes d'un acte répréhensible quelconque, au lieu de faire appel au président pourqu'il s'en occupe, il faut diriger nos pas vers la justice pourque les faits soient établis à la lumière de procédures légales, appropriées. A l'hypothèse que la justice n'existe pas, j'opposerai celle qu'elle est un phénomène social ayant une histoire, un passé et son présent et futur appartiendront aux hommes qui croient en elle et qui pensent dur comme fer que son avènement est possible.

Nous devons chasser de nos pensées l'idée d'un président "bon papa", un président "bon samaritain" dont la fonction ne consiste nullement en ce que lui assigne l'art 136 de la loi mère, mais plutôt à s'occuper de nos petites fièvres capricieuses aussi pathologiques qu'elles puissent être. De la même façon, des gens soi-disant éclairés, en marge des politiciens de bas rang et politicailleurs véreux, n'ont pas su se retenir d'accuser l'ex-président Jean-Bertrand Aristide d'avoir commendité et commis toutes sortes de crimes contre tel ou tel citoyen; qu'il aurait du intervenir pour supplanter tel ou tel juge, la vengeance expéditive entrainant la mort de Jacques ou Pierre, et donner un verdict favorable ou défavorable contre l'acte criminel de quiconque...etc Donc il convient de dire qu'à travers nos comportements, nous octroyons le droit de vie et de mort au président sut toute l'étendue du territoire de la République.

Notre infantilisme-ou notre manque de sens de responbabilité civile- nous prédispose à croire que toutes les sphères de la vie nationale choient sous la poigne omniprésente, omnisciente et omnipotente d'un seul homme qui peut, à partir du palais national, par le truchement de son magnétisme surhumain, imposer la mort ou la vie sur toute la société.

Rappelons-nous que la démocratie ne peut se passer des attitudes légitimes à la fois des gouvernants et des gouvernés, en un mot le citoyen ne doit pas promouvoir des déviances vis à vis de la loi, en encourageant des palliatifs qui ne répondent pas de l'application des normes établies par la constitution et par les lois du pays. Nous devons solliciter nos présidents sur les grands sujets qui handicapent le dévlopement structurel global du pays tels que l'agriculture, l'agroindustrie, l'éducation, le système judiciaire, la santé, les droits de l'homme...

car il doit veiller à ce que son premier Ministre fasse de son mieux à travers les ministères respectifs afin de créer les conditions adéquates à l'épanouissement du citoyen Haïtien.

Un dernier point sur lequel j'aimerais attirer notre attention, c'est l'euphorie à vouloir féliciter le président à tout pris, ce qui ne change rien à la chose, car les grands défis nationaux ne sont pas encore assortis de leurs solutions appropriées: l'eau, l'électricité, réforme éducative, révolution agricole, ...

Sincèrement, il ne relève pas de notre expertise de le faire en tant que citoyens actuels.

Nous devons comprendre que seule la postérité -les générations futures du pays- se chargera d'honorer le président selon ses oeuvres; s'il est en fait honorable il sera loué.

De plus, l'honorabilité ne devrait pas être un concept gratuit, mais une philosophie du monde qui s'incarne dans un souci constant de dépassement et de perfection.

Honorabilité pour notre président c'est sa capacité à faire mieux que notre grand Roi bâtisseur par exemple, Henri Christophe.

Est-ce que son Excellence le président de la République Mr. René Préval est capable de regrouper un ensemble d'architectes en vue de réflechir sur les grandes lignes architecturales du pays et concevoir des oeuvres qui puissent exprimer la grandeur de la premiére République Noire du monde?

Honorabilité signifierait que le Président procède à des créations que la mort ne peut flétrir ni le temps ébranler dans leur magnificence.

Au résume, honorabilité consiste à explorer jusqu'aux limites extrêmes nos rêves esthéques de sublime à partir de rien. Quel était l'état de réflexions qui poussa Henri Christophe à concevoir la citadelle Laferrière?

Certes beaucoup répondront, et avec raison, la crainte d'une éventuelle attaque des forces napoléoniennes, mais le souci même d'ensorceler l'humanité, d'où cela venait?

Je crois que c'est une énigme qui, si elle est découverte par un de nos présidents, pourrait le porter au timon de la postérité.

Haïti est un pays vierge où toutes les pensées de sublime sont possibles, l'actuel Président doit orienter la nation en ce sens-là.

Les arts plastiques quoique extraordinaires restent au stade larvaire et ont besoin de structures et d'encadrement à titre d'exemple.

En dernière instance, supporter, le président, dans des entreprises à caractère promotionnel pour la nation est capital, mais surtout devons-nous aussi contribuer de façon concrète à renforcer ses efforts dans un sens ou dans l'autre, il faut faire en sorte que nos félicitations ne se transforment en dithyrambes aveugles, incensés et gratuites Aussi exhorterais-je le président à ne pas se griser de tant de compliments précipités, à les modestement ajourner leurs réceptions en attendant de satisfaire, ne serait-ce que minimalement les desiderata fondamentaux de la nation entière.

Arrêtons de féciliter le président! Nous pouvons nous tromper de personnage, il fait encore tout noir au pays.

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