Pierre-Raymond Dumas: Discutons Le Concept Blan An...

Jean-marie - July 9 2010, 3:52 PM

Haïti: Dirigeants et aspirants dirigeants ne pensent et n'agissent obsessionnellement qu'en termes de Blancs.

«Blan-an di...» «Blan-an pa vle...» Chacun d'eux a un Blanc protecteur qui pèse forcément d'un poids déterminant dans ses ambitions présidentielles ou dans son style de gouvernement.

Chacun d'eux se comporte en somme comme un agent au service d'une ou de plusieurs puissances étrangères, et ils s'en vantent souvent, ces apatrides d'un genre spécial.

Lorsqu'on fait alors l'addition, on constate que les Blancs sont innombrables et omniprésents dans notre vie de peuple assisté et «materné».

Leurs comparses locaux aussi, hélas ! Car leur attitude servile s'explique par la volonté d'être à tout prix dans les meilleurs termes avec les grandes puissances «amies».

On les appelle avec dédain dans le langage populaire «sousous», nous a rappelé méchamment Leslie Manigat dans son hommage à Marc Bazin, candidat favori des Américains en 1990.

Il ne faut surtout pas déplaire à cet Occident néocolonisateur préconisant en Haïti le militaro-humanitaire à la place d'un Etat de droit fonctionnel et efficace, la mendicité internationale maquillée sous forme d'aide à la politique de la canonnière, le néolibéralisme au développement endogène, la sécurité au rabais (accompagnée sporadiquement de brusques montées de violence) à la refondation d'une véritable armée nationale.

Depuis la chute des Duvalier, notre pays est devenu un Etat paria et, toutes proportions gardées, un marché de plus en plus prisé par la République voisine dont les appétits de sous-traitant impérialiste sont manifestes.

Il faudra du temps - une «révolution» dans les mentalités et les comportements - avant que la Première République Noire Indépendante du Monde retrouve, pour citer Edmond Paul, «les voies perdues de son avenir», mais les traditions existent, qui peuvent servir de socle.

Une telle éventualité optimiste ne peut être écartée, car un pays ne peut se régénérer, même à grand renfort d'aide d'une superpuissance (l'Europe de l'Ouest et le Japon après la Seconde Guerre mondiale), qu'avec la volonté mobilisatrice de son peuple.

On ose à peine l'affirmer, tant notre dépendance «congénitale» vis-à-vis des Blancs tient lieu de politique nationale et sert d'idéal dans tous les milieux (intellectuel, économique, éducatif, confessionnel) sans distinction aucune.

Pour «garder» ou conquérir le pouvoir, certains chefs d'Etat, et non des moindres (Geffrard, Salnave, Salomon et Hippolyte), ont offert, dans le passé, telle parcelle de notre territoire (notamment Le Môle-Saint-Nicolas et La Tortue) aux Blancs.

Ce tour de passe-passe est aujourd'hui plus fréquent qu'on ne l'imagine.

Est-ce toujours une société malade, archaïque, dominée par une élite blancophile, fantasque et défaitiste, on ne peut plus extravertie, sans vision d'avenir, sans repères ni élan collectif, comme la décrivait sans complaisance Fernand Hibbert au XIX siècle?

Est-il encore possible de penser pays?

Car c'est un fait d'histoire: Frédéric Macelin a montré que la présence de l'Étranger (hier, à travers la valse frénétique des réclamations financières à la suite des prises d'armes qu'il finança en grande partie ; aujourd'hui, grâce à une tutelle furtive sans retombées positives et durables pour les plus démunis) s'est toujours traduite chez nous sous des formes économiquement, socialement, culturellement, intellectuellement, politiquement traumatisantes, caricaturales, vénéneuses.

«Les peuples une fois accoutumés à des maîtres ne sont plus en état de s'en passer», écrivait Jean-Jacques Rousseau.

Autrement dit, nous sommes avant tout nos premiers ennemis.

Préférant les saupoudrages aux réformes de structure, les Blancs ne font que profiter de nos malheurs postcoloniaux, de nos sentiments autodestructeurs et de nos complexes séculaires en les exacerbant avec un art consommé.

C'est à nous de rompre avec le passé pour réaliser le rêve des Pères Fondateurs

Pierre-Raymond Dumas

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