l'Éducation « humano - citoyenne » planche du sal

Camille Loty Malebranche - December 30 2007, 10:27 PM

L'ÉDUCATION « HUMANO - CITOYENNE », PLANCHE DU SALUT HAITIEN.

PAR CAMILLE LOTY MALEBRANCHE
Proposer un certain nombre de repères au collectif et fonder des institutions qui leur servent de fer de lance doit être la nouvelle entreprise de tout nouveau dirigeant politique, économique et intellectuel projetant une nouvelle société haïtienne.

Il s'agit de créer une autre vision collective du soi citoyen en revalorisant ce qui - à l'origine de la création de l'État haïtien, signifiait au moins dans le discours et les mythes fondateurs, là où le logos rejoint et féconde le mythe - la fondation de la nation.

Car au bout de l'élimination des chefs de bandes avec leurs luttes de chapelle et l'éviction de certains leaders par d'autres groupés autour de Dessalines pour mener l'assaut décisif et final des dernières grandes batailles qui ont abouti à l'indépendance, Haïti avait quand même une promesse de départ, un grand mythe fondateur pluridimensionnel, celle d'une société ouverte, antiesclavagiste et d'égalité des chances qui n'a pas tenu face à la mentalité néotribaliste des groupes, des sensibilités politiques et l'action carrément colonialiste de classe de l'establishment économique.

Deux siècles se sont écoulés, rien que des ressassements idéologiques, bavardages gratuits et trompeurs pour berner le peuple et niveler la société.

Toutefois, dans ce maelström d'un social en dérive, toutes sortes de simulacres et de phraséologies ont été substitués en ersatz et succédanées à l'action fondatrice d'une véritable nation.

Il n'y a en effet de nation que dans une condition collective permettant au-delà de l'individu, un sentiment de «propriété-appartenance» vis à vis du social et de ses institutions.

Quand tous les rapports des élites sont verticaux et si évidemment discriminatoires jusque dans les institutions étatiques et juridiques, la relation de l'individu perdu devient négative, retournant le rejet subi contre ce qui représente l'autorité et les privilèges. Nous vivons en Haïti, une société où les puissants se contentent d'une sorte d'introversion bruyante, de claustration méprisante par rapport aux majorités. Du nègre riche gonflé et constipé dans son âme de supérieur, son intumescence de corrompu au mulâtre qui voudrait être pris pour aryen méprisant minablement tout ce qui n'est pas clair de peau, n'acceptant que des relations condescendantes et hypocrites avec la grande majorité, sans oublier l'intellectuel ankylosé arrogant et féru de répétition occidentaliste, il faut que les secteurs dominants de la société (je ne dis pas classes) désapprennent car c'est de leur nouvel apprentissage que l'étiologie du mal et du mal-être haïtien pourra être faite et que sera appliquée la médication nécessaire.

Car c'est des élites de toutes sortes, libérées du lumpen aristocratisme ambiant de l'Haïti traditionnelle, que montera la désabomination de la condition sociale par une projection de nouvelles valeurs éminemment humaines et citoyennes.

Introspection désaliénante et nouvelle voie de définition positive de soi doivent être le prologue, l'incipit et le liminaire de cette "uvre de rééducation de la société.

Une didactique nouvelle usant de toutes formes de stratégies et méthodes adaptées pour la nouvelle pédagogie de la libération, laquelle comportera comme il convient la pédagogie proprement dite mais aussi une hébélogie, une andragogie, pour ce qu'il faut appeler une « sociotéléologie » c'est-à-dire une manière d'enseigner les différentes couches et catégories dans un ancrage civique selon le projet du nouveau souhaité, la projection du devenir poursuivi.

Cette construction des mentalités de la libération et du civisme se doit de s'octroyer toutes les ressources de l'éducation formelle et informelle des sciences humaines et sociales comme de la philosophie et du mythe.

La pédagogie - souvent perçue en tant que générique des différents champs de l'enseignement - sans infantiliser l'homme, sans plonger le peuple dans un infantilisme grivois où il est grugé par des exploiteurs, en fera un enfant, un être nouveau, au sens du désapprentissage brisant les vieux programmes asservissants d'une société et d'un État réifiants.

La nouvelle pédagogie sera celle des opprimés en vue de la libération ou elle ne sera pas. (Car la société haïtienne est une grande opprimée).

À l'instar des Freire et Illich, une valorisation des capacités personnelles en direction des communautés et catégories citadines et paysannes d'après une nouvelle conception du mérite social loin du snobisme qui, aujourd'hui encore, adopte et hiérarchise simiesquement l'étranger à la réalité culturelle en supérieur selon le complexe d'infériorité des élites désignant l'extérieur comme schème de la grandeur et le rapprochement mimétique avec l'autre comme mode d'élévation.

Cette valorisation doit commencer par le rejet des singeries occidentalistes pour utiliser les richesses scientifiques, techniques et technologiques occidentales et autres avec une décence dans la consommation et une productivité intégrée qui enrayera les manières contreproductives de la vie antisociale de nos scolarisés et de nos privilégiés de toutes sortes.

Une horizontalisation des rapports humains réinventant les schèmes de valeur et de mérite doit s'en suivre.

Car jusqu'à aujourd'hui le seuil de la considération du soi tant ethnique, social que politique est négatif en Haïti. La vision de la valeur et du mérite de l'haïtien est si souvent calquée sur le regard de l'étranger manipulateur qui nous fournit beaucoup de zéros maquillés de faux héroïsme, héroïsés à souhait pour mieux défendre la cause des sempiternels colonialo-impérialistes racistes qui ont toujours utilisé chez la soi disant élite haïtienne, le complexe d'infériorité de ses origines et de son identité malgré sa soit disant éducation formelle!
RAISON SUFFISANTE DU CHANGEMENT.

A l'instar de la raison suffisante de Schopenhauer, il y a une quadruple racine de la démarche éducationnelle.

Cette tétralogie schématique pourrait se traduire comme suit :
1) Une prise de conscience des privilégiés (les différentes élites) se projetant dans un nouveau rapport au social, face à la consommation, face à l'approche des masses.

Bref, un rejet du statu quo pour le nouveau souhaité.

2)L'élaboration et la proposition des programmes appropriés d'éducation formelle, informelle, professionnelle et civique, lesquels doivent être nuancés et adaptés selon l'immersion spatiale, régionale et la composante humaine des catégories citoyennes concernées.
3) La délégation de moniteurs payés et /ou bénévoles, préposés à l'enseignement et la dynamisation desdits programmes.

Tout cela appuyé par une campagne des médias, du multimédia, de la graphie, de l'art...

eux-mêmes soutenus par les structures de l'État.
4) La mise en place de structures matérielles, juridico-légales actives et fortes pour garantir la réforme de l'imaginaire nihiliste, la pensée négative, létale et résignée du « plutôt la laideur que la mort » (car la société digne de ce nom comme l'homme digne doivent se dire que la mort est préférable à un certain seuil de laideur, un stade honteux et abominable de hideur).

Les structures manifesteront donc la volonté des establishments réformés et rendus dignes de proposer un dépassement des conditions de déréliction instigatrices du défaitisme quasi nécrologique de la société haïtienne.

Le messianisme et le lumpen aristocratisme des pseudobourgeois doivent se pâmer pour une purification mentale de la société.

La condition d'évanescence des institutions restées uniquement répressives, l'infantilisme ou la démagogie des approches, la violence primaire d'un dogmatisme politique endémique font d'Haïti, une terre habitée sans véritable statut de pays. Le refus de la modernité rationnelle scientifique, l'exploitation de l'ignorance et de la crédulité des masses réifiées qui déifient le premier démagogue messianisé viennent de l'absence de rationalisation des structures sociales de la gouvernance et de l'organisation étatique.

Nous sommes devant la montagne abrupte qui n'est pourtant pas sisyphienne, l'alpinisme politico-patriotique des élites authentiques propulsera dans l'ascension au pinacle le changement des mentalités grâce aux sangles de l'éducation.

Contre l'imbécile narcissisme bourgeois ou pseudo bourgeois, contre les populismes, parapopulismes et fascismes perdurant dans le macabre historique et actuel, l'éducation sera à la fois la source, le lit et l'estuaire du fleuve de la pensée et de l'action sociale.

L'étiologie des tares et faiblesses de notre société, dans son diagnostic douloureux, nous révèle nos déchéances et nos laideurs d'élites; l'humilité d'en tirer conséquences et corrections, nous sauvera de la souillure, de la honte de les perpétuer et du vide si souvent camouflé par les préjugés les plus excentriques et les consommations de luxe les plus bêtes. La vacuité, cet état du vide de tout, n'étant aussi bien à l'échelle cosmique que social qu'un produit de l'imaginaire, le vide de pensée politique n'est donc que la substitution de la barbarie à la lumière de l'objectivation rationnelle et de la pensée authentique dans la gestion sociale.

Que viennent l'humilité et la bonne foi civile et politique qui sauveront Haïti des infamies actuelles généralisées!
Les minotaures de la dénaturation, les monstres de la déshumanisation ont la vie dure, le surcroît d'humanité des vrais hommes convaincus de la noblesse véritable qui vient des vrais mérites spirituels, altruistes et patriotiques changera le faciès d'infâme de l'Haïti actuelle.

Que contre les violences létales constamment en cours, une conjugaison des violences vitales, éducationnelles, détermine le nouveau!
Camille Loty Malebranche

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Comments

Gr Goire Dupont says...

Salut Monsieur Malebranche, Je suis un francais qui fait la navette entre Haiti et la France pour affaires et... more »

Joachym says...

Gregoire, vous n'etes pas francais, et je peux le prouver! Un charactere fictif, vous etes ce meme Malbranche qui... more »

Camille Loty Malebranche says...

Merci Monsieur Gregoire, je suivrai a la lettre votre conseil, plus de reponse aux malfrats de l'internet, qui... more »

T Tsouzep L says...

L'EDUCATION, L'EDUCATION,L'EDUCATION, sesa Meji, ampere japon lan dezyem mwatye 19vyem syek te prone lel te we babari... more »