haÏti que cesse la triste culture de la tyrannie!

Michel Dutreuil - January 3 2008, 7:36 PM

HAÏTI, QUE CESSE LA TRISTE CULTURE DE LA TYRANNIE!
Par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE
Quand j'évoque les possibles d'une vraie démocratie haïtienne, ma pensée achoppe comme sur une sorte d'aporie imparable: le support sourd et aveugle, parce que culturel voire parfois inconscient de la société haïtienne aux mécanismes de l'irrespect tant interindividuel qu'entre les hommes et les institutions.

Le refus de rationalité organisatrice, la préférence de l'informel aux structures souvent tellement disloquées tellement corrompues que les citoyens y perdent toute confiance, tout cela couronné par une sauvagerie agressive de l'État répressif et amorphe face à ses obligations, État particulièrement monté contre le citoyen et qui ainsi favorise l'arbitraire des comportements individuels, oui, tout ce chaos finit par donner l'impression que le désordre et la tyrannie sont ancrés dans l'âme haïtienne.

Un monde apparemment ingérable semble prendre le dessus et devenir le butoir de tout changement souhaité.

Les seules souverainetés acceptables, celles des lois et des institutions manquant à la culture socio-étatique haïtienne, c'est la débandade de l'organisation sociale quotidienne qui prévaut.

Cet irrespect, cette sorte de barbarie mentale se manifestant dans la vie sociale au niveau des relations humaines, est le ferment tératogène, ce germe cancérigène de la tyrannie qui putréfie la réalité collective et dont la métastase tout au long de notre histoire de turpitudes répétées, tue le corps social.

La tyrannie, cette agressivité liberticide contre l'autre, ne vient donc pas que des chefs car le peuple lui-même les y appelle par l'intolérance et le mépris les uns des autres en même temps que la déification du pouvoir qu'il idolâtre. Tout montre qu'en Haïti, les seules choses, véritables antivaleurs substantialisées et respectées sont: l'argent, la couleur claire et la force brutale répressive.

Dans l'imaginaire et les réflexes haïtiens, ces éléments constituent de véritables essences, de vrais facteurs invariants, de réels mérites qui hissent n'importe quelle racaille au rang des dieux.

Au-delà de ces breloques idéologiques de l'apparat social, il y a chez nous, haïtiens, une indolente et morbide tendance à tout mystifier.

Nous sommes encore un peuple superstitieux à l'excès, les dieux, les saints, les morts plus présents dans les esprits que la vie elle-même, font que nous essentialisions tout privilège et mythifiions tout privilégié.

Une minable culture du vertige de « classe » et du délire de puissance caractérise nos deux siècles d'existence nationale.

Nous sommes pour la plupart des rois tribaux nègres, gonflés, et nous avons besoin de régner et de tyranniser pour que notre règne soit perçu. Notre baudruche est si gonflée et si prête à éclater! Nous nous produisons en amulettes vivantes, en totems régnants contre toute vraie structuration éthico-sociale de notre vie de peuple! Tout, pour la majorité d'entre nous, haïtiens, est un sujet de mystification de nos semblables, de mythification de notre personne, par des sagas de faubourg et de poussière à brandir.

Le don quichottisme social haïtien est cette espèce de délire du moi « héroïque et royal » de l'individu, moi hypertrophié, placé au-dessus de tout principe surtout du respect des lois et de la personne humaine.

Inutile de dire que le premier terreau de germination de la dictature et de la corruption est dans la culture.

Le peuple, toutes classes confondues, adore ériger des mythes à des individus et ensuite vouer des cultes à ces êtres mythiques ainsi créés. Tout concourt à cette adoration de personnes mythifiées. Une publication de livre à l'étranger, un prix international, une place dans l'état, un emploi dans un organisme étranger.

Pis encore, ces imbéciles qui réclament une société sans discrimination sont ceux qui méprisent l'haïtien d'à côté quelque soit son talent pour honorer ces géants généralement de paille qu'on leur a présentés ou qu'il se sont taillés. L'haïtien aime le maître! Il faut, pour qu'il respecte l'autre, qu'il le reconnaisse d'abord comme son supérieur.

Par exemple d'un haut fonctionnaire qui vivait dans un quartier moyen et continuerait à y vivre malgré ses promotions, sans se parer de la maison la plus extravagante dans un nouveau quartier huppé et des voitures les plus luxueuses, c'est le peuple d'alentour, ses voisins et autres, qui le discréditera, le dénoncera comme moins que rien et malpropre! Allez savoir maintenant s'il faut prendre au sérieux les doléances de ces mêmes haïtiens contre la corruption et le détournement de fonds par des fonctionnaires publics montrant une trop forte opulence pour le salaire qu'ils sont censés gagner.

Nous devons cesser d'être des farceurs et reconnaître nos torts, nos bévues dans le faire social, nos contresens collectifs et contreproductifs dans notre vision du monde.

Nous sommes donc coupables même passifs des déboires et laideurs de ce pays! Alors rien d'étonnant que ces dictateurs de corridors, ces aristocrates de comptoirs et de pacotille, ces maîtres de toutes les inepties, ces gonflés, ou au contraire, ces faux démocrates populaciers, tous, autocrates attendant leur heure de gloire, utilisent sciemment ce qui fait figure de tare culturelle.

Car le privilège et la richesse dans un monde capitaliste malade de ses pestes sont idéologiquement promus ontologiques et ne sont plus seulement des éléments contingents que peut facilement expliquer l'analyse objective du social.

Chez nous où toute tare est décuplée, ou même le bien d'ailleurs se corrompt par les contre-indications, peut commencer l'aventure macabre de nos dictateurs-dieux de tous poils qui peuvent être autant maître du pouvoir politique qu'économique ou simplement chefs de famille comme un père ou une mère monoparentale.

Et comme nos don quichotte sont dieux, toutes leurs conneries sont paroles d'évangile, et gare à l'infidèle ou au renégat. Le jugement misérabiliste, émotif et hypersentimental de la société y contribue vivement et donne aux foutriquets avec leur fort et inavouable instinct de domination une sorte de légitimité.

L'idiotie dans le jugement, ce corollaire de l'analphabétisme factuel ou fonctionnel frappant surtout nos scolarisés, est une des rampes de lancement de la tyrannie haïtienne.

Il suffit de voir tous ces agressifs, ces bourreaux inavoués qui, dans l'histoire récente haïtienne, à chaque fois q'un citoyen prenait des positions garanties par la loi, s'exclamaient: « si c'était Duvalier, ils ne se permettraient pas de s'opposer à tel chef en place ».

Le chef est vraiment ici un totem, une amulette sacrée, sanctifiée pour régner.

Son être est surhumain et ses privilèges et son pouvoir, ontologiques.

Vraiment, cet attachement à l'esclavage, cette nostalgie du mal quand il a disparu, miséreuse attitude des aliénés à foison et de toutes sortes de notre société, traduit la masochiste mentalité d'un assez fort pourcentage de la population resté antidémocratique en deçà des indéniables progrès conquis pour les libertés depuis 1986.
CONFUSION DES TERMES DE L'ÉGALITARISME SOCIAL.

En Haïti, l'égalité en droit porte le simpliste, donc la grande majorité sociale, toutes classes confondues, à croire que les hommes sont égaux et qu'il faudrait niveler le monde par la vulgarité, la promiscuité.

Du surhomme riche ou puissant à l'harengère des bas- fonds, comme par un mot d'ordre cynique, on conspue l'élévation, conspire contre l'idéal légitime de dépassement.

Jamais société dite civilisée ne s'est autant insurgée contre la projection positive de soi. Une horde de niais submergés par leur propre imbécillité font tout pour retenir l'individu émergeant dans les ténèbres (vieille allégorie du panier à crabe)! Une triste prédominance du loisir populacier modelé sur un populisme médiatique à l'occidental efface, sinon prime la réflexion et le débat. On entraîne notre jeunesse dans l'évasion et la récréation alors qu'on devait la convoquer sur la vitale recréation d'Haïti qui, sans cette recréation du projet de son vouloir-vivre collectif selon un nouveau contrat social sans démagogie, sombrera à jamais comme un non pays, un non être, fantôme grimaçant et simulant l'existence.

De L'extraversion malheureuse du prestige dont les signes sont tous les objets ou services de la consommation à l'impropriété de l'éducation formelle et informelle, on assassine tyranniquement nos jeunes, comme on a sacrifié ceux qui, comme nous, sont à la fin de la trentaine.

Par ailleurs, en Haïti, l'amitié est souvent confondue à de la sujétion de l'ami qui doit être l'ombre et l'écho de l'autre, dès que vient la divergence, on peut facilement le constater par la violence des propos voire l'inimitié et les animosités qui prennent place.

L'amour, quant à lui, est possessivité pour l'homme et entretien par le partenaire pour la femme.

Et gare à ceux qui n'entrent pas dans ce schéma tracé.

Il sera de fait et tyranniquement exclu des privilèges des relations humaines.

Le père de famille est un constant martyr, il faut l'entendre se plaindre de s'être sacrifié pour ses enfants! Comme si dans sa fougue de mâle, on l'avait invité à engendrer! On en rencontre, et ils sont légion, qui, tyranniquement, font payer à leurs enfants par le reproche et la brutalité, leur impudence d'être né! Quant aux mères monoparentales haïtiennes, ce sont les êtres les plus méritants de la terre.

À côté du mythe de la mère qui s'enracine jusque en celui des déesses-mères, comme celui de la reine Maya, mère du Bouddha Siddhârta ou de la vierge Marie idolâtrée selon la dulie mariale du catholicisme, la mère monoparentale haïtienne est, de par sa maternité difficile de femme seule, une vertueuse voire la vertu même. Elle peut projeter comme elle le veut ses souffrances et frustrations sur la progéniture et celle-ci doit en toute occasion l'adorer et accomplir ses v"ux. Elle reproche beaucoup, car cela, soit dit en passant, est une véritable tare haïtienne que de reprocher pour un rien, mais en plus, elle culpabilise, s'aigrit en rappelant à ses enfants qu'ils ont gâché sa vie. En vérité, le mal haïtien doit être traité à ce niveau familial.

On ne peut avoir des hommes et femmes dignes quand leur enfance a été une dévalorisation parentale où ils se sont sentis soit indésirés soit coupables du sort de leurs parents.

L'école en Haïti est tyrannique.

Aucun encadrement, aucune tendance à écouter l'écolier, aucune compréhension des effets familiaux sur le psychisme de l'enfant ou du jeune adulte.

Pour la plupart des parents, payer une scolarité pour un enfant est un effort si grand, que l'enfant doit leur répondre par la réussite scolaire quelque soit les circonstances.

Autre tyrannie, le culte stupide de l'étranger surtout du blanc mais même du métis ou du noir né dans un pays jugé supérieur; et alors, monte la vieille obsession bestiale de certains haïtiens (ils sont légion) qui croient devoir rabaisser le compatriote pour flatter l'étranger.

C'est le peuple le plus ouvert! Ouverture complexée et idiote qui n'est en fait que l'autopunition par la flagornerie pour hisser l'autre au rang de seigneur.

Pour le reste, la tyrannie des églises, ces prêtres et pasteurs, ces houngans qui prennent en main selon leurs propres insanités caractérielles et désirs de puissance la vie des ouailles, sévit et se charge de retourner ce peuple à l'esclavage.

MISÉRABILISME TYRANNIQUE ET CONSTANTE FASCISTE EN POLITIQUE.

S'il est une constante dans la politique haïtienne des 50 dernières années, je réponds qu'elle ne peut être que le fascisme.

Or, nous savons que le fascisme ne survient jamais des seuls politiciens mais du sinistre consensus des classes moyennes, de certains secteurs parasitaires et frustrés de la bourgeoisie décadente et une adhésion des masses embringuées par le discours populiste et nationaliste qu'entretiennent les couches petites-bourgeoises.

La tyrannie est l'effigie des classes et est ancrée dans la religion de l'haïtien.

Dieu qu'il soit du vaudou ou même du christianisme, l'homme haïtien lui prête des manières de dictateur qui attend le faux pas de l'homme pour le briser, l'exterminer.

Tout en Haïti est essentialisé, ontologisé, et mystifié.

C'est le pays des hommes-mythes vivants.

Tel professeur est si grand si divin, que toucher à ses assertions « spécialisées », c'est commettre un blasphème contre le dieu adoré de la théogonie profane.

En tout, il s'agit tyranniquement d'intimider.

Dans le même registre où la théologisation des êtres et choses prime l'intellection froide, c'est le diktat des structures officielles blanches de reconnaissance, toute démarche autonome est suspecte et abhorrée par les minus critiques, inaptes à la froideur intellectuelle dans le rapport analytique et cognitif aux choses.

Nous savons que ce genre de tyrans officiels avec l'onction de la société existe partout au monde, mais en Haïti, terre de tous les surfaits, ils prennent des proportions encore plus inquiétantes.

La « théodicée de leur propre privilège » ainsi que l'appelle Weber, caractérise dans les sociétés, l'ultime manipulation, l'extrême tyrannie des suprêmes seigneurs de l'establishment scolaire qui finissent par faire des institutions de transmission et de reconnaissance des connaissances, des dogmes, des absolus idiots que les non moins idiots abêtis de la société suivent aveuglément par snobisme d'intello.

En Haïti, dernier des derniers réceptacles de ces imbécillités, les plus médiocres les seigneurs du vide en profitent pour discréditer le savoir de ceux qu'ils n'égaleront jamais parce que trop esclaves du livresque, trop hétéronomes dans leur esprit.

Outre cela, dans la quête de se pavaner, beaucoup de femmes haïtiennes sont assez érotisées par la puissance pour se donner aux pires criminels parce que ceux-ci leur permettent d'agresser n'importe qui avec la certitude de l'impunité voire le pouvoir d'envoyer leur gorille de mari agresser qui elles veulent.

En vérité, l'irrespect atroce qu'est la tyrannie est une question sociale, un drame humain que l'éducation, la législation et la répression judiciaire doivent s'efforcer conjointement d'enrayer.

La vision du chef, bon papa du peuple malgré lui vu que tous lui lèchent la semelle pour qu'il intervienne même dans leur vie privée, doit être révolue.

En vérité, il est difficile d'avoir un privilège en Haïti sans se croire un surhomme car l'essentialisation et l'idolâtrie culturelle de notre société y pousse bêtement! Nous des idolâtres, des courtisans et nous aimons la flagornerie! La petite histoire rapporte que Vincent a déclaré avoir trouvé tous les hommes sur le ventre et touts les femmes sur le dos lorsqu'il est entré comme président au palais national, tout comme un homme ayant perdu son emploi dans l'État sous François Duvalier, l'a attendu à genoux dans les couloirs du palais pour lui adresser une prière de miséricorde digne de celles qu'on adresse à Dieu, de même, on rapporte qu'un militaire en uniforme a supplié un jour, un puissant ministre de l'intérieur qui ne l'aimait pas de mettre la semelle sur son genoux pour lui épousseter avec son mouchoir, la chaussure légèrement poussiéreuse!
Il faut que le respect soit enseigné et non l'adoration, l'infrahumaine flagornerie.

Nous devons garder le frémissement et le sentiment de mortel qui doit louer l'Éternel pour les rapports spirituels avec Dieu et non les transposer dans les relations avec les mortels quelque soient leur situation.

D'ailleurs, pour un croyant, cela relève du blasphème et de l'idolâtrie.

L'haïtien doit rejoindre la dignité par l'estime de soi. Celui qui peut flatter comme un moins que rien, peut aussi mentir, moucharder et tuer pour plaire à son maître. Dans le même temps le respect de la vie, le respect du droit au respect de l'autre, le respect de la différence, le respect des biens d'autrui bien acquis, le respect de la vie privée, le respect du vrai mérite doivent finalement intervenir et enrayer définitivement les ordures mentales du populisme et du fascisme, ces seules faces de monstres qu'a toujours offert notre pays au citoyen et au monde.

Que l'État haïtien et surtout l'Homme et la Femme d'Haïti conscients de leur humanité se débarrassent des ferments tératogènes de la société qui font de nous souvent des bêtes sauvages, tyranniques qui oublient le respect de l'homme et dévorent leur humanité! Alors que la nature elle-même est aujourd'hui transformée quoique malheureusement et trop souvent pour le pire par des mutations provoquées selon la manipulation génétique, la beauté de la culture, elle, est de pouvoir être métamorphosée et propulsée pour le meilleur au-dessus des tares, afin de rejoindre sa vocation primitive originaire: la transcendance de l'animalité de l'homme par l'esprit et la raison méliorative façonnant esthétiquement et éthiquement jusqu'à la sensibilité et à l'émotion!

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE
orte d'aporie imparable: le support sourd et aveugle, parce que culturel voire parfois inconscient de la société haïtienne aux mécanismes de l'irrespect tant interindividuel qu'entre les hommes et les institutions.

Le refus de rationalité organisatrice, la préférence de l'informel aux structures souvent tellement disloquées tellement corrompues que les citoyens y perdent toute confiance, tout cela couronné par une sauvagerie agressive de l'État répressif et amorphe face à ses obligations, État particulièrement monté contre le citoyen et qui ainsi favorise l'arbitraire des comportements individuels, oui, tout ce chaos finit par donner l'impression que le désordre et la tyrannie sont ancrés dans l'âme haïtienne.

Un monde apparemment ingérable semble prendre le dessus et devenir le butoir de tout changement souhaité.

Les seules souverainetés acceptables, celles des lois et des institutions manquant à la culture socio-étatique haïtienne, c'est la débandade de l'organisation sociale quotidienne qui prévaut.

Cet irrespect, cette sorte de barbarie mentale se manifestant dans la vie sociale au niveau des relations humaines, est le ferment tératogène, ce germe cancérigène de la tyrannie qui putréfie la réalité collective et dont la métastase tout au long de notre histoire de turpitudes répétées, tue le corps social.

La tyrannie, cette agressivité liberticide contre l'autre, ne vient donc pas que des chefs car le peuple lui-même les y appelle par l'intolérance et le mépris les uns des autres en même temps que la déification du pouvoir qu'il idolâtre. Tout montre qu'en Haïti, les seules choses, véritables antivaleurs substantialisées et respectées sont: l'argent, la couleur claire et la force brutale répressive.

Dans l'imaginaire et les réflexes haïtiens, ces éléments constituent de véritables essences, de vrais facteurs invariants, de réels mérites qui hissent n'importe quelle racaille au rang des dieux.

Au-delà de ces breloques idéologiques de l'apparat social, il y a chez nous, haïtiens, une indolente et morbide tendance à tout mystifier.

Nous sommes encore un peuple superstitieux à l'excès, les dieux, les saints, les morts plus présents dans les esprits que la vie elle-même, font que nous essentialisions tout privilège et mythifiions tout privilégié.

Une minable culture du vertige de « classe » et du délire de puissance caractérise nos deux siècles d'existence nationale.

Nous sommes pour la plupart des rois tribaux nègres, gonflés, et nous avons besoin de régner et de tyranniser pour que notre règne soit perçu. Notre baudruche est si gonflée et si prête à éclater! Nous nous produisons en amulettes vivantes, en totems régnants contre toute vraie structuration éthico-sociale de notre vie de peuple! Tout, pour la majorité d'entre nous, haïtiens, est un sujet de mystification de nos semblables, de mythification de notre personne, par des sagas de faubourg et de poussière à brandir.

Le don quichottisme social haïtien est cette espèce de délire du moi « héroïque et royal » de l'individu, moi hypertrophié, placé au-dessus de tout principe surtout du respect des lois et de la personne humaine.

Inutile de dire que le premier terreau de germination de la dictature et de la corruption est dans la culture.

Le peuple, toutes classes confondues, adore ériger des mythes à des individus et ensuite vouer des cultes à ces êtres mythiques ainsi créés. Tout concourt à cette adoration de personnes mythifiées. Une publication de livre à l'étranger, un prix international, une place dans l'état, un emploi dans un organisme étranger.

Pis encore, ces imbéciles qui réclament une société sans discrimination sont ceux qui méprisent l'haïtien d'à côté quelque soit son talent pour honorer ces géants généralement de paille qu'on leur a présentés ou qu'ils se sont taillés. L'haïtien aime le maître! Il faut, pour qu'il respecte l'autre, qu'il le reconnaisse d'abord comme son supérieur.

Par exemple d'un haut fonctionnaire qui vivait dans un quartier moyen et continuerait à y vivre malgré ses promotions, sans se parer de la maison la plus extravagante dans un nouveau quartier huppé et des voitures les plus luxueuses, c'est le peuple d'alentour, ses voisins et autres, qui le discréditera, le dénoncera comme moins que rien et malpropre! Allez savoir maintenant s'il faut prendre au sérieux les doléances de ces mêmes haïtiens contre la corruption et le détournement de fonds par des fonctionnaires publics montrant une trop forte opulence pour le salaire qu'ils sont censés gagner.

Nous devons cesser d'être des farceurs et reconnaître nos torts, nos bévues dans le faire social, nos contresens collectifs et contreproductifs dans notre vision du monde.

Nous sommes donc coupables même passifs des déboires et laideurs de ce pays! Alors rien d'étonnant que ces dictateurs de corridors, ces aristocrates de comptoirs et de pacotille, ces maîtres de toutes les inepties, ces gonflés, ou au contraire, ces faux démocrates populaciers, tous, autocrates attendant leur heure de gloire, utilisent sciemment ce qui fait figure de tare culturelle.

Car le privilège et la richesse dans un monde capitaliste malade de ses pestes sont idéologiquement promus ontologiques et ne sont plus seulement des éléments contingents que peut facilement expliquer l'analyse objective du social.

Chez nous où toute tare est décuplée, ou même le bien d'ailleurs se corrompt par les contre-indications, peut commencer l'aventure macabre de nos dictateurs-dieux de tous poils qui peuvent être autant maître du pouvoir politique qu'économique ou simplement chefs de famille comme un père ou une mère monoparentale.

Et comme nos don quichotte sont dieux, toutes leurs conneries sont paroles d'évangile, et gare à l'infidèle ou au renégat. Le jugement misérabiliste, émotif et hypersentimental de la société y contribue vivement et donne aux foutriquets avec leur fort et inavouable instinct de domination une sorte de légitimité.

L'idiotie dans le jugement, ce corollaire de l'analphabétisme factuel ou fonctionnel frappant surtout nos scolarisés, est une des rampes de lancement de la tyrannie haïtienne.

Il suffit de voir tous ces agressifs, ces bourreaux inavoués qui, dans l'histoire récente haïtienne, à chaque fois q'un citoyen prenait des positions garanties par la loi, s'exclamaient: « si c'était Duvalier, ils ne se permettraient pas de s'opposer à tel chef en place ».

Le chef est vraiment ici un totem, une amulette sacrée, sanctifiée pour régner.

Son être est surhumain et ses privilèges et son pouvoir, ontologiques.

Vraiment, cet attachement à l'esclavage, cette nostalgie du mal quand il a disparu, miséreuse attitude des aliénés à foison et de toutes sortes de notre société, traduit la masochiste mentalité d'un assez fort pourcentage de la population resté antidémocratique en deçà des indéniables progrès conquis pour les libertés depuis 1986.
CONFUSION DES TERMES DE L'ÉGALITARISME SOCIAL.

En Haïti, l'égalité en droit porte le simpliste, donc la grande majorité sociale, toutes classes confondues, à croire que les hommes sont égaux et qu'il faudrait niveler le monde par la vulgarité, la promiscuité.

Du surhomme riche ou puissant à l'harengère des bas- fonds, comme par un mot d'ordre cynique, on conspue l'élévation, conspire contre l'idéal légitime de dépassement.

Jamais société dite civilisée ne s'est autant insurgée contre la projection positive de soi. Une horde de niais submergés par leur propre imbécillité font tout pour retenir l'individu émergeant dans les ténèbres (vieille allégorie du panier à crabe)! Une triste prédominance du loisir populacier modelé sur un populisme médiatique à l'occidental efface, sinon prime la réflexion et le débat. On entraîne notre jeunesse dans l'évasion et la récréation alors qu'on devait la convoquer sur la vitale recréation d'Haïti qui, sans cette recréation du projet de son vouloir-vivre collectif selon un nouveau contrat social sans démagogie, sombrera à jamais comme un non pays, un non être, fantôme grimaçant et simulant l'existence.

De L'extraversion malheureuse du prestige dont les signes sont tous les objets ou services de la consommation à l'impropriété de l'éducation formelle et informelle, on assassine tyranniquement nos jeunes, comme on a sacrifié ceux qui, comme nous, sont à la fin de la trentaine.

Par ailleurs, en Haïti, l'amitié est souvent confondue à de la sujétion de l'ami qui doit être l'ombre et l'écho de l'autre, dès que vient la divergence, on peut facilement le constater par la violence des propos voire l'inimitié et les animosités qui prennent place.

L'amour, quant à lui, est possessivité pour l'homme et entretien par le partenaire pour la femme.

Et gare à ceux qui n'entrent pas dans ce schéma tracé.

Il sera de fait et tyranniquement exclu des privilèges des relations humaines.

Le père de famille est un constant martyr, il faut l'entendre se plaindre de s'être sacrifié pour ses enfants! Comme si dans sa fougue de mâle, on l'avait invité à engendrer! On en rencontre, et ils sont légion, qui, tyranniquement, font payer à leurs enfants par le reproche et la brutalité, leur impudence d'être né! Quant aux mères monoparentales haïtiennes, ce sont les êtres les plus méritants de la terre.

À côté du mythe de la mère qui s'enracine jusque en celui des déesses-mères, comme celui de la reine Maya, mère du Bouddha Siddhârta ou de la vierge Marie idolâtrée selon la dulie mariale du catholicisme, la mère monoparentale haïtienne est, de par sa maternité difficile de femme seule, une vertueuse voire la vertu même. Elle peut projeter comme elle le veut ses souffrances et frustrations sur la progéniture et celle-ci doit en toute occasion l'adorer et accomplir ses v"ux. Elle reproche beaucoup, car cela, soit dit en passant, est une véritable tare haïtienne que de reprocher pour un rien, mais en plus, elle culpabilise, s'aigrit en rappelant à ses enfants qu'ils ont gâché sa vie. En vérité, le mal haïtien doit être traité à ce niveau familial.

On ne peut avoir des hommes et femmes dignes quand leur enfance a été une dévalorisation parentale où ils se sont sentis soit indésirés soit coupables du sort de leurs parents.

L'école en Haïti est tyrannique.

Aucun encadrement, aucune tendance à écouter l'écolier, aucune compréhension des effets familiaux sur le psychisme de l'enfant ou du jeune adulte.

Pour la plupart des parents, payer une scolarité pour un enfant est un effort si grand, que l'enfant doit leur répondre par la réussite scolaire quelque soit les circonstances.

Autre tyrannie, le culte stupide de l'étranger surtout du blanc mais même du métis ou du noir né dans un pays jugé supérieur; et alors, monte la vieille obsession bestiale de certains haïtiens (ils sont légion) qui croient devoir rabaisser le compatriote pour flatter l'étranger.

C'est le peuple le plus ouvert! Ouverture complexée et idiote qui n'est en fait que l'autopunition par la flagornerie pour hisser l'autre au rang de seigneur.

Pour le reste, la tyrannie des églises, ces prêtres et pasteurs, ces houngans qui prennent en main selon leurs propres insanités caractérielles et désirs de puissance la vie des ouailles, sévit et se charge de retourner ce peuple à l'esclavage.

MISÉRABILISME TYRANNIQUE ET CONSTANTE FASCISTE EN POLITIQUE.

S'il est une constante dans la politique haïtienne des 50 dernières années, je réponds qu'elle ne peut être que le fascisme.

Or, nous savons que le fascisme ne survient jamais des seuls politiciens mais du sinistre consensus des classes moyennes, de certains secteurs parasitaires et frustrés de la bourgeoisie décadente et une adhésion des masses embringuées par le discours populiste et nationaliste qu'entretiennent les couches petites-bourgeoises.

La tyrannie est l'effigie des classes et est ancrée dans la religion de l'haïtien.

Dieu qu'il soit du vaudou ou même du christianisme, l'homme haïtien lui prête des manières de dictateur qui attend le faux pas de l'homme pour le briser, l'exterminer.

Tout en Haïti est essentialisé, ontologisé, et mystifié.

C'est le pays des hommes-mythes vivants.

Tel professeur est si grand si divin, que toucher à ses assertions « spécialisées », c'est commettre un blasphème contre le dieu adoré de la théogonie profane.

En tout, il s'agit tyranniquement d'intimider.

Dans le même registre où la théologisation des êtres et choses prime l'intellection froide, c'est le diktat des structures officielles blanches de reconnaissance, toute démarche autonome est suspecte et abhorrée par les minus critiques, inaptes à la froideur intellectuelle dans le rapport analytique et cognitif aux choses.

Nous savons que ce genre de tyrans officiels avec l'onction de la société existe partout au monde, mais en Haïti, terre de tous les surfaits, ils prennent des proportions encore plus inquiétantes.

La « théodicée de leur propre privilège » ainsi que l'appelle Weber, caractérise dans les sociétés, l'ultime manipulation, l'extrême tyrannie des suprêmes seigneurs de l'establishment scolaire qui finissent par faire des institutions de transmission et de reconnaissance des connaissances, des dogmes, des absolus idiots que les non moins idiots abêtis de la société suivent aveuglément par snobisme d'intello.

En Haïti, dernier des derniers réceptacles de ces imbécillités, les plus médiocres les seigneurs du vide en profitent pour discréditer le savoir de ceux qu'ils n'égaleront jamais parce que trop esclaves du livresque, trop hétéronomes dans leur esprit.

Outre cela, dans leur quête d'esbroufe et leur volition maladive de se pavaner dans une société tristement et férocement patriarcale, beaucoup de femmes haïtiennes sont assez érotisées par la puissance pour se donner aux pires criminels parce que ceux-ci leur permettent d'agresser n'importe qui avec la certitude de l'impunité voire le pouvoir d'envoyer leur gorille de mari agresser qui elles veulent.

En vérité, l'irrespect atroce qu'est la tyrannie est une question sociale, un drame humain que l'éducation, la législation et la répression judiciaire doivent s'efforcer conjointement d'enrayer.

La vision du chef, bon papa du peuple malgré lui vu que tous lui lèchent la semelle pour qu'il intervienne même dans leur vie privée, doit être révolue.

En vérité, il est difficile d'avoir un privilège en Haïti sans se croire un surhomme car l'essentialisation et l'idolâtrie culturelle de notre société y pousse bêtement! Nous des idolâtres, des courtisans et nous aimons la flagornerie! La petite histoire rapporte que Vincent a déclaré « avoir trouvé tous les hommes sur le ventre et toutes les femmes sur le dos lorsqu'il est entré comme président au palais national », tout comme un homme ayant perdu son emploi dans l'État sous François Duvalier, l'a attendu à genoux dans les couloirs du palais pour lui adresser une prière de miséricorde digne de celles qu'on adresse à Dieu, de même, on rapporte qu'un militaire en uniforme a supplié un jour, un puissant ministre de l'intérieur qui ne l'aimait pas de mettre la semelle sur son genoux pour lui épousseter avec son mouchoir, la chaussure légèrement poussiéreuse!
Il faut que le respect soit enseigné et non l'adoration, l'infrahumaine flagornerie.

Nous devons garder le frémissement et le sentiment de mortel qui doit louer l'Éternel pour les rapports spirituels avec Dieu et non les transposer dans les relations avec les mortels quelque soient leur situation.

D'ailleurs, pour un croyant, cela relève du blasphème et de l'idolâtrie.

L'haïtien doit rejoindre la dignité par l'estime de soi. Celui qui peut flatter comme un moins que rien, peut aussi mentir, moucharder et tuer pour plaire à son maître. Dans le même temps le respect de la vie, le respect du droit au respect de l'autre, le respect de la différence, le respect des biens d'autrui bien acquis, le respect de la vie privée, le respect du vrai mérite doivent finalement intervenir et enrayer définitivement les ordures mentales du populisme et du fascisme, ces seules faces de monstres qu'a toujours offert notre pays au citoyen et au monde.

Que l'État haïtien et surtout l'Homme et la Femme d'Haïti conscients de leur humanité se débarrassent des ferments tératogènes de la société qui font de nous souvent des bêtes sauvages, tyranniques qui oublient le respect de l'homme et dévorent leur humanité! Alors que la nature elle-même est aujourd'hui transformée quoique malheureusement et trop souvent pour le pire par des mutations provoquées selon la manipulation génétique, la beauté de la culture, elle, est de pouvoir être métamorphosée et propulsée pour le meilleur au-dessus des tares, afin de rejoindre sa vocation primitive originaire: la transcendance de l'animalité de l'homme par l'esprit et la raison méliorative façonnant esthétiquement et éthiquement jusqu'à la sensibilité et l'émotion!
L'acte de penser requiert trois étapes qui constituent ses dimensions et son essence: la méditation, la réflexion et la cognition.

La pensée ainsi perçue marche imparablement vers la connaissance et vers la conséquence naturelle de celle-ci: la libération.

Puisse la société haïtienne se mettre à penser pour de vrai loin des ressassements livides des prêts à penser d'une fausse élite singeant l'occident néocolonialiste, élite si fausse qu'elle se contente de servir crapuleusement d'écho à quelques ambassadeurs et subalternes des gouvernements occidentaux.

Car aujourd'hui les ambassadeurs étasunien, français et canadien ont curieusement un statut désormais plus important que celui des autorités haïtiennes et des citoyens ou acteurs haïtiens de la politique puisqu'une certaine presse locale s'amuse puérilement et régulièrement à interroger ces « diplomates », je préférerais ici le terme de gouverneurs, pour savoir leur décision sur tout ce qu'il y a de plus interne au pays: tel le remaniement constitutionnel, l'interpellation bicamérale d'un premier ministre ou la date d'élections à venir!...

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Comments

Tripot says...

Michelle, ou encore malebranche, Si vou voulez presenter au public vos precieux textes, allez donc vous procurer... more »

Grennpwomennen says...

Monsieur Malebranche, mremesyew anpil pou kalite teks ou yo. Mremesye Monsieur Dutreuil ki mete yo sou sit saa. Omwen... more »